Août 1914 : La guerre est déclarée par l’Empire britannique entraînant le Canada dans sa foulée. La base Valcartier est aussitôt mise en place là où se trouvait un petit village sans histoire. Il y a beaucoup à faire : terminer le camp, compléter les formalités d’enrôlement des recrues, faire passer les examens médicaux et les vaccins contre la variole et la typhoïde, habiller les soldats et les équiper. Il y a à former les bataillons et aussi organiser les autres armes et les unités de soutien qui compléteraient la division. Les Canadiens français doivent trouver leur place dans une force expéditionnaire à priori anglophone et majoritairement d’origine britannique. L’entraînement débute dans ce qui devient le point de chute des régiments d’une armée naissante qui se professionnalisera au cours du conflit pour donner naissance à l’armée moderne...
Partis du port de Québec, 31 navires de gros tonnage partent à tour de rôle et filent sur le fleuve en direction de Gaspé pour ensuite transporter vers l’Angleterre plus de 30 000 hommes et femmes qui sans le savoir écrivent une grande page de l’armée canadienne naissante. Parmi eux, nous retrouvons certains des personnages historiques du premier épisode ainsi que de nouvelles têtes, qui pour la plupart partent en des terres inconnues dans ce qui s’avérera être une boucherie sans nom. Mêlant journaux, témoignages et propos d’historiens, l’épisode 2 de la série explore le champ de bataille avec ses héros et ses anonymes, sa souffrance et ses affrontements sanglants sur un fond de bravoure et de courage d’une génération prête à se sacrifier pour le sens du devoir et celui de l’aventure. Dans un va-et-vient entre les voix du passé et celle du présent, l’épisode nous raconte ce tournant de l’histoire en prenant appui sur Québec, ville de garnison et en tendant l’oreille aux échos qui continuent de retentir aujourd’hui en ses murs.
La Première Guerre fait rage dans le vieux continent, mais les échos n’en sont pas moins puissants ici à Québec. Sur le « homefront », la population, tant civile que militaire, se mobilise pour appuyer l’effort des troupes canadiennes. Alors que plusieurs soldats perdent la vie sur les champs de bataille, d’autres rentrent au pays éclopés et diminués. Les vétérans sont accueillis en héros par une ville qui n’a de cesse de mettre l’épaule à la roue pour faire sa part. De la sécurité de la ville de garnison, aux usines d’armement qui roulent à plein régime, en passant par le rationnement et le Fonds patriotique, beaucoup des forces vives de la société sont mises à contribution. La guerre est l’affaire de tous. Les travailleurs et les femmes restés en grand nombre derrière ont le sentiment du devoir accompli envers la démocratie. Mais la guerre n’est jamais une chose simple et provoque des tensions. La crise de la conscription enflamme les esprits à Québec. Une tentative d’arrestation des conscrits réfractaires est extrêmement impopulaire, allant même jusqu’à provoquer des combats de rue et des émeutes dans les rues de la vieille capitale. Les émeutes qui durent pendant plusieurs jours pendant la période de Pâques de 1918 font 4 morts et des dizaines de blessés chez les civils. Le « homefront » a lui aussi sa part de tragédies, de deuils et de souffrance.
Sur 600 000 hommes, le Corps expéditionnaire canadien compte 60 661 hommes morts au combat. Beaucoup d’autres, à leur retour au pays, sont diminués physiquement ou psychologiquement. Selon les chiffres disponibles, 35 000 Canadiens français ont grossi les rangs durant la Grande Guerre. Pour les Québécois francophones, le 22e bataillon, l’unité spécifiquement francophone, enrôla à lui seul 5 600 Canadiens français du Québec dont 1 100 moururent au combat. La professionnalisation et la réputation des régiments canadiens-français constituent un solide héritage. La démobilisation et le voyage de retour furent extrêmement laborieux. Organiser la démobilisation de dizaines de milliers d’hommes est éminemment compliqué et surtout, le transport de retour exige des navires... introuvables. Mais la guerre de 14-18 connaît son lot de difficulté au moment de la démobilisation : à la complexe réadaptation à la vie civile s’ajoutent les séquelles et les traces de la guerre : chocs nerveux et PTSD, gueules cassées et troubles de toutes sortes sont le lot de plusieurs anciens combattants et des familles qui les accueillent. S’ajoute la délicate question des vétérans et de la reconnaissance de leurs sacrifices. Hier comme aujourd’hui, le débat reste entier. Mais le legs est immense. À Valcartier, l’armée reste une manière de vivre en temps de guerre et de paix. Les familles de militaires à Québec ressentent un mélange de fierté, de peur et de risques. Leur vie est faite de départs et de retrouvailles.